Évaluer la solvabilité d'un client : la méthode avant de signer, et après

Un impayé se prépare rarement le jour de l'échéance. Il se lit souvent des mois avant, dans des comptes déposés en retard, une trésorerie qui fond ou des paiements qui s'allongent. Évaluer la solvabilité d'un client ne demande ni abonnement coûteux ni analyste financier : quelques sources publiques, cinq ratios et une attention constante aux signaux faibles. Voici la méthode, avant de signer et tout au long de la relation.

Les sources publiques gratuites à consulter en premier

En France, l'essentiel de l'information utile sur une entreprise est public et gratuit. Trois réflexes suffisent pour un premier tri :

  • L'Annuaire des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) : identité, date de création, dirigeants, établissements, annonces publiées et, quand ils sont disponibles, quelques indicateurs financiers.
  • Les comptes annuels déposés, consultables sur data.inpi.fr à partir du registre national des entreprises (RNE) : bilan et compte de résultat des derniers exercices.
  • Le BODACC (bodacc.fr) : procédures collectives, ventes et cessions de fonds, modifications, radiations, dépôts des comptes.

BODACC : définition →

Lire des comptes annuels en cinq ratios

Inutile de tout analyser. Pour un crédit fournisseur, cinq questions couvrent l'essentiel :

  • Capitaux propres : sont-ils positifs ? Rapportés au total du bilan, en dessous de 15 à 20 %, l'entreprise dépend fortement de ses créanciers.
  • Résultat net : une perte ponctuelle n'est pas grave, deux ou trois exercices déficitaires d'affilée le sont.
  • Trésorerie : la trésorerie disponible couvre-t-elle plusieurs semaines de charges, ou l'entreprise vit-elle sur ses concours bancaires ?
  • Endettement : des dettes financières supérieures à deux ou trois fois les capitaux propres limitent sa capacité à absorber un choc.
  • Dettes fournisseurs : rapportées aux achats, elles disent à quel rythme le client paie ses fournisseurs. S'il paie les autres à 90 jours, il vous paiera rarement à 30.

La confidentialité et le retard de dépôt : des signaux en soi

Les micro-entreprises peuvent demander la confidentialité de l'ensemble de leurs comptes, et les petites entreprises celle de leur compte de résultat. C'est un droit, pas une faute. Mais pour un client à qui vous accordez un encours important, l'absence d'information est elle-même une information : demandez-lui ses derniers comptes, ou réduisez votre exposition.

Même vigilance pour des comptes non déposés ou déposés très en retard. Gardez aussi en tête que les comptes ont mécaniquement plusieurs mois de retard sur la réalité : ce sont une photographie, pas un état en temps réel. Les signaux vivants viennent du BODACC et du comportement de paiement.

Un cas particulier mérite attention : lorsque les capitaux propres d'une SARL ou d'une SA deviennent inférieurs à la moitié du capital social, les associés doivent se prononcer sur la poursuite de l'activité, et cette décision fait l'objet d'une publicité légale.

Les signaux comportementaux pendant la relation

Une fois le client en portefeuille, ce sont ses paiements qui parlent le plus vite. Les signaux à suivre :

  • Des délais qui s'allongent : un client qui payait à l'échéance et glisse à 15, puis 30 jours de retard.
  • Des paiements partiels sans explication, ou des règlements par acomptes non convenus.
  • Des litiges qui apparaissent soudainement sur des factures jusque-là acceptées.
  • Un changement de dirigeant, un transfert de siège ou une cession de fonds publiés au BODACC.
  • L'inscription d'un privilège du Trésor ou de la Sécurité sociale : elle signale des dettes fiscales ou sociales impayées à leur échéance.

Repérer les clients qui glissent dans la balance âgée →

Cotation Banque de France, assurance-crédit et scoring

La cotation Banque de France est attribuée aux entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 1,25 million d'euros depuis janvier 2025. Elle n'est pas publique : les banques y ont accès, l'entreprise cotée la connaît, et rien ne vous empêche de la demander à un client avant de lui ouvrir un encours important.

L'assurance-crédit vous couvre contre l'impayé, client par client : l'assureur fixe pour chacun un montant garanti, qui est aussi un avis sur sa solvabilité. Une réduction ou un refus de garantie sur un client est un signal à prendre au sérieux.

Enfin, un score agrège ces informations (comptes, annonces légales, comportement de paiement) en une note unique. Son intérêt n'est pas la précision de la note, mais sa mise à jour : un score recalculé chaque jour voit venir ce qu'une analyse annuelle ne voit pas.

Assurance-crédit : définition →

Un exemple concret

Un fabricant envisage de livrer chaque mois 25 000 € HT à un nouveau client, une PME du bâtiment. Ses comptes, consultés gratuitement, montrent un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros, des capitaux propres de 120 000 € pour un total de bilan de 2,1 millions (moins de 6 %), une perte sur les deux derniers exercices et des dettes fournisseurs équivalant à près de 100 jours d'achats. Le BODACC signale un changement de gérant il y a quatre mois.

Aucun de ces signaux n'interdit de travailler ensemble. Pris ensemble, ils interdisent d'accorder 60 jours de paiement, soit 50 000 à 75 000 € HT d'encours permanent, sans précaution. La bonne réponse se trouve dans les conditions commerciales, pas dans le refus.

Ce que vous faites de l'évaluation

L'évaluation de solvabilité n'a de valeur que si elle change vos conditions. Selon le niveau de risque, trois leviers se combinent :

  • Les conditions de paiement : un délai plus court, un paiement à la commande ou un prélèvement pour un client fragile.
  • La limite d'encours : le montant maximal de factures non payées que vous acceptez sur ce client, au-delà duquel les livraisons attendent un règlement.
  • L'acompte : 30 % à la commande sur une première affaire réduit d'autant votre exposition, et teste la capacité du client à payer.

Fixer une limite d'encours par client →

Surveiller le risque client en continu avec Acquy

La limite de la méthode manuelle est connue : on évalue un client à l'ouverture du compte, puis on ne le regarde plus. Or un client se dégrade entre deux bilans, et c'est précisément là que se fabriquent les impayés.

Dans Acquy, chaque client reçoit un score et un encours maximum recommandé, recalculés en continu et surveillés au BODACC. Dès qu'une procédure collective est publiée, les relances s'arrêtent : on ne relance pas une entreprise en procédure, on prépare à la place votre déclaration de créance. Vous ne découvrez plus la dégradation d'un client au moment de l'impayé.

Voir le scoring et la veille BODACC d'Acquy →

Sources

Questions fréquentes

Comment calculer le ratio de solvabilité d'une entreprise ?

Pour un client, le ratio le plus parlant est celui d'autonomie financière : capitaux propres divisés par le total du bilan. En dessous de 15 à 20 %, l'entreprise dépend fortement de ses créanciers. Une autre version rapporte le total de l'actif au total des dettes : sous 1, l'actif ne couvre plus les dettes. Calculez-le sur deux ou trois exercices : c'est la tendance qui renseigne.

Quelle différence entre solvabilité et liquidité ?

La solvabilité mesure la capacité d'une entreprise à rembourser l'ensemble de ses dettes avec l'ensemble de ses actifs. La liquidité mesure sa capacité à payer ses dettes à court terme avec sa trésorerie et ses actifs vite mobilisables. Un client peut être solvable mais à court de liquidités : c'est souvent lui qui paie en retard. Pour un fournisseur, les deux comptent, à des horizons différents.

Comment obtenir gratuitement un extrait d'immatriculation d'un client ?

L'extrait Kbis délivré par le greffe est payant pour un tiers. Pour vérifier l'existence d'un client, l'extrait du registre national des entreprises (RNE), téléchargeable gratuitement sur data.inpi.fr ou depuis l'Annuaire des entreprises, donne l'essentiel : dénomination, siège, dirigeants, activité et date d'immatriculation. Pour un compte important, vous pouvez aussi demander au client un Kbis récent, comme le font de nombreux services achats.

Comment savoir si une entreprise a des dettes fiscales ou sociales ?

Les privilèges inscrits par le Trésor public et les organismes de sécurité sociale, comme les nantissements, sont publics : l'état des inscriptions se demande au greffe du tribunal de commerce, notamment sur Infogreffe, moyennant des frais. L'inscription n'est obligatoire qu'au-delà de certains seuils de dette ; son absence ne prouve donc pas l'absence de dettes, mais une inscription récente est un signal sérieux.

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